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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 15:17

 

Faut-il craindre, comme nous le répètent à l’envi ceux qui œuvrent quotidiennement à sa disparition, faut-il craindre donc la disparition du disque ?

Un convaincu m’offrait récemment cette réponse fort pertinente : « Tant qu’il y aura des musiciens, il restera un support ! »

 

Qu’on soit militant d’un bord ou d’un autre, qu’on décide de bazarder sa vieille chaîne Hifi familiale pour ne plus conserver que son i-truc à soi tout seul, ou qu’au contraire on coure les magasins pour y retrouver le premier CD qui berça nos premières amours, les faits sont là et les chiffres ici : http://observatoire.cite-musique.fr/observatoire/document.

 

Les tableaux et courbes proposés dans le rapport annuel du marché de la musique enregistrée me semblaient ne pas dire complètement la réalité des choses. En matheuse impénitente, j’ai ressorti ma calculatrice pour en extraire des informations aussi surprenantes qu'encourageantes !

 

 

Marché DisqueTout d’abord, « LE » tableau censé justifier tous les abandons :

   

Diantre : le marché du support physique a été divisé par plus de 2 depuis 2003, passant de presque 2 milliards d'euros à 887 millions en 2009… !

 

La faute à qui ?

 

« À l’État bien sûr, qui a encouragé le développement de l’internet haut-débit partout en France et à ces vilains pirates qui pillent nos caisses et nous enlèvent le pain de la bouche ! » répondent en chœur les pleureuses des majors assassines, pleureuses qui omettent juste de rappeler les scandaleux profits engrangés pendant des années en surfant sur le nouveau marché du CD et des bimbos issues des hautes études musicales de la Star Ac’ et consorts !

Voyez à ce sujet l’édifiant ouvrage Vive la crise du disque ! d’Emmanuel Torregano aux éditions Les Carnets de l’Info (21 euros).

 

De fait, il est bien loin le temps où l’album le plus vendu en France l’était à plusieurs millions d’exemplaires.

En 2009, tous genres confondus, le « meilleur » aura été… Les Enfoirés. Avec 506 500 exemplaires.

Du coup, le fameux « top 100 » qui représente quand même à lui seul 29% du marché total (pour 61 800 nouveautés publiées dans l’année…) et inondait les rayons des GSS et GSA (entendez Fnac, Virgin et autres supermarchés culturels ou pas) devient beaucoup moins rentable.

 

Mais, me direz-vous, où trouver un disque aujourd’hui ? C’est une bonne question.

 

Au contraire du marché du livre qui a su, contre vents et marées et grâce à la loi sur le prix du livre de 1981 , conserver son réseau de librairies indépendantes à côté des mêmes opportunistes culturels, ceux du disque ont laissé faire (organisé ?) le massacre :

- pratiques commerciales assassines avec les disquaires indépendants qui ont quasiment tous été rayés de la carte,

- politiques tarifaires à l’avenant, avec des prix variant du simple au tiers du jour au lendemain,

- campagnes promotionnelles aux budgets éhontés pour des pseudos artistes kleenex au succès aussi bref que qu’inexplicable, etc., etc.

 

Résultat : plus de disquaires, donc plus d’offre diversifiée, plus de conseil, plus d'achat, donc plus de marché ?

 

Reprenons les chiffres de l’Observatoire de la musique.

Les canaux de distribution (= l’endroit où vous achetez vos disques) y sont classés en 4 catégories :

- les GSS (grandes surfaces culturelles),

- les GSA (grandes surfaces alimentaires),

- internet (pour l’achat en ligne de disques « physiques », pas le téléchargement)

- les « autres » : les libraires, les disquaires pas encore morts, la vente par correspondance…

Il est intéressant de constater alors que depuis 2003, les fameuses GSS ont perdu 35% de leur activité sur le disque et les GSA près de 72% !!!

Quand on sait qu’elles monopolisent bon an mal an et depuis des années 90% du marché, on se dit qu’elles n’y sont pas pour rien dans la chute des ventes : avant, quand on habitait loin des grandes villes, on pouvait toujours acheter un disque en allant faire ses courses du samedi à Carrefour.

Mais comme il n’y a plus d’offre aujourd’hui là-bas, et bien on n’achète plus. On n’écoute plus. On ne partage plus…

 

Bien loin de concurrencer encore sérieusement ces canaux-là, internet n’est pas, quoi qu’on en pense, l’outil privilégié par la majorité des mélomanes pour acquérir leur galette : il ne représente en 2009 « que » 6.7% des ventes, soit à peine plus que ce qui passe par ces « autres », les petits, les sans moyens, qui contribuent encore à 5,7% du business total.

 

Les bonnes nouvelles du marché du disque

Allez savoir pourquoi, que les 4 majors qui détiennent 75% du marché perdent un peu de gras ne me chagrine pas plus que cela…

Que la mauvaise variété française et ses armées de clones sans parole ni musique ne vende (presque) plus, qui s'en plaindra ?

Ce qui me réjouit vraiment au contraire, c’est de voir que les « niches » (!) se portent plutôt bien. Classique, jazz, monde : quand c’est beau, ça tient !

En corollaire, les distributeurs indépendants, ceux qui y croient et travaillent et soutiennent et continuent à produire des belles choses, ceux-là aussi reprennent du poil de la bête. Et c’est tant mieux !

 

Depuis le temps que j’y réfléchis, j’arrive à cette première conclusion que la chute des ventes de disques ces dernières années est « normale » :

- les gens n’achètent plus par centaines de milliers les « trucs » dont on leur abimait les oreilles, et c’est tant mieux !

- après avoir tué tous les détaillants motivés et compétents, les GSX quittent le navire, remplaçant le disque par du jeu vidéo ou des e-gaufriers. Du coup, il n’y a plus d’offre, et donc plus d’achat possible pour ceux qui n’utilisent pas internet,

- les artistes qui produisent leurs albums et les proposent à la sortie des concerts les vendent, c’est bien la preuve que quand on aime, on ne compte pas.

 

La seconde conclusion est qu’il est temps d’y aller, d’oser reconstruire une proposition, de rendre à tous le droit d’écouter la musique si indispensable à l’équilibre de chacun, et peut-être de la société.

 

Nous vous en reparlerons bientôt depuis Musicalame…

 

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